DANS SES PROPRES MOTS
Le Dr Al-Sumait a écrit ce passage pour son fils, en se souvenant d’une visite à l’un des orphelinats qu’il dirigeait en Afrique. C’est l’un des rares endroits où il parle de lui-même — et il s’en sert pour dire que lui non plus n’avait pas compris.
Je me souviens que, lors d’une visite antérieure dans cette ville, je suis allé à l’orphelinat que nous y tenons, et qui accueillait environ quarante de nos orphelins. Tous souffraient de malnutrition — le rapport médical le consignait le jour de l’admission de chacun — et nous avons commencé à les nourrir convenablement.
Parmi eux, deux frères. L’aîné avait environ neuf ou dix ans. Nous ne sommes pas arrivés à temps : la malnutrition avait déjà fait son œuvre sur son cerveau, et les dommages étaient irréversibles. Nous lui avons donné des professeurs particuliers, nous l’avons suivi de près — et jamais nous n’avons pu lui faire passer les examens de première année.
Son frère cadet, six ans, était arrivé dans le même état. Il s’est rétabli de façon remarquable. Il est sorti premier de toute l’école.
Je voyais l’intelligence briller dans ses yeux. Je l’ai serré contre ma poitrine, la joie montant en moi, je l’ai soulevé et porté à travers le village en lui parlant tout au long du chemin. Je lui ai demandé : quel est ton rêve lointain, celui que tu souhaites pour quand tu seras grand, celui qui semble hors d’atteinte ? Veux-tu être médecin ? Posséder une voiture ? Devenir pilote ?
Sa réponse est venue comme une gifle qui réveille un homme de ses propres rêves.
« Quand je serai grand, je veux goûter un biscuit. »
UN GARÇON DE SIX ANS, PREMIER DE SON ÉCOLE
Mes yeux se sont remplis de larmes.
Après toutes les années que j’ai passées en Afrique, je vis encore dans un autre monde. Que dire alors de nos frères et sœurs qui vivent dans les pays arabes et ailleurs, qui n’ont jamais visité l’Afrique ni vécu parmi ses habitants ?
J’ai pensé à nos enfants dans nos maisons. J’ai pensé à toi, mon fils. J’ai pensé aux millions d’enfants comme toi, qui mangent toutes les douceurs et toutes les nourritures.
Et j’ai demandé à Dieu d’alléger le compte des parents qui les laissent vivre dans une telle aisance, tandis que leurs frères en Afrique n’en trouvent rien sinon en rêve — non, ils ne le trouvent même pas dans leurs rêves.

SOURCE
Riḥlat Khayr fī Ifrīqiyā (Un voyage de bien en Afrique), du Dr Abdul Rahman Hammoud Al-Sumait. Maṭābiʿ Mirʾāt al-Umma.
«رحلة خير في أفريقيا» — د. عبد الرحمن حمود السميط، مطابع مرآة الأمة.
Traduit de l’arabe pour ce site. Le passage est donné en entier, sans abrègement.
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