L’histoire du village d’Ayo, au Bénin

الدكتور عبد الرحمن السميط بين وجهاء قرية في بنين حول امرأة مسنّة

Ruqayya avec le Dr Abdul Rahman Al-Sumait, que Dieu lui fasse miséricorde, et un groupe de nouveaux musulmans

DANS SES PROPRES MOTS

Dans le numéro de mars 2005 de la revue Al-Kawthar, le Dr Abdul Rahman Al-Sumait, qui en était le rédacteur en chef, raconta l’histoire d’Ayo, un village du sud du Bénin qui avait résisté à l’islam pendant des siècles, jusqu’à l’arrivée d’une femme simple nommée Ruqayya, qui n’en connaissait guère plus que la Fatiha. Son action s’acheva par la conversion de 352 habitants du village, qui proclamèrent leur islam entre ses mains.


Le village d’Ayo, très peuplé, compte quelque cinq mille habitants ; il se trouve dans l’une des provinces du sud de la République du Bénin, appelée l’Atlantique. Une partie de ses habitants professe le christianisme, les autres la religion traditionnelle. Il a résisté à l’entrée de l’islam pendant des centaines d’années, jusqu’à ce qu’y émigre une nouvelle musulmane nommée Ruqayya. Elle avait embrassé l’islam après avoir hésité entre le paganisme et le christianisme, mais elle n’en savait que peu de chose.

Une fois installée dans le village, elle vécut de la vente des denrées alimentaires qu’elle rapportait de la ville, c’est-à-dire d’une vie de simple subsistance.

Trente-cinq ans après s’y être installée, elle songea à répandre l’islam parmi les habitants, bien que ses connaissances se limitent à la sourate al-Fatiha et à quelques notions très sommaires de ses enseignements. Ce maigre savoir faisait pourtant d’elle la personne la plus instruite de cette religion dans son village.

Ruqayya se mit à appeler les gens à l’islam, et quelques-uns y crurent. Mais elle ne savait que faire d’eux : ils ne connaissaient pas la Fatiha, ne la savaient pas par cœur et ignoraient tout de la manière d’accomplir la prière. Par son propre effort de réflexion, elle en vint à diriger elle-même la prière en commun, imam d’une assemblée réunissant hommes et femmes au même endroit. Elle devint ainsi l’imam des musulmans du village et leur référence religieuse.

Des habitants d’Ayo, au Bénin, lèvent l’index en prononçant la shahada
Photographie de l’article original dans Al-Kawthar — image restaurée

« Je levais le doigt pour faire prononcer la shahada à des centaines de personnes »

Village d’Ayo, sud du Bénin

Lorsque nous avons ouvert notre bureau au Bénin, Ruqayya venait nous voir à chacun de ses voyages en ville et nous suppliait de faire quelque chose ; son cœur brûlait de chagrin devant la situation de l’islam. Elle insista tant qu’elle finit par nous obliger à envoyer une caravane de prédication dans son village. Elle contacta aussi des prédicateurs des villages voisins et leur demanda de rejoindre la caravane, seuls ou en groupes, pour l’aider à mener son programme. La Jamaat Tabligh joua le plus grand rôle dans la réussite de cette marche de foi, qui amena en peu de temps 352 personnes à accepter l’islam. Tous demandèrent la visite d’un musulman arabe pour proclamer leur islam entre ses mains ; ce fut l’occasion de ma récente visite dans ce village, à environ une heure de route de la capitale, par une route bonne sur la plus grande partie du trajet. Je me souviens aussi qu’un prédicateur nommé Muhammad venait de temps à autre au village sur sa moto, jusqu’à sa mort, que Dieu lui fasse miséricorde, dans une collision avec une voiture.

Ayo se trouve à environ 68 kilomètres de la capitale du Bénin. Ses habitants descendent de la tribu Alqa, la plus grande tribu du Sud, qui n’est pas musulmane.

Ses habitants vivent de leurs récoltes, surtout du manioc, un légume qui ressemble à la pomme de terre mais en plus gros : il pèse entre cinq et dix kilos. On le cuisine d’ordinaire avec des haricots, et on en fait du pain ainsi que d’autres plats.

J’ai vu dans ce village une religieuse africaine circuler à moto et distribuer des Évangiles écrits en langue alqa, accompagnés d’autres livres sur le christianisme dans la même langue.

Les habitants m’ont demandé de réaliser leur grand rêve : construire une mosquée dans leur village. Ruqayya m’a demandé de nommer un prédicateur qui vivrait parmi eux, dirigerait leurs prières et leur enseignerait leur religion, car elle avait appris qu’il ne lui était pas permis de diriger la prière des hommes et des femmes.

En vérité, je ne saurais vous décrire ce que j’ai ressenti en levant le doigt pour faire prononcer la shahada à des centaines de personnes, qui la répétaient jusqu’à en remplir les cœurs et l’horizon le plus haut. Existe-t-il des livrets sur l’islam en langue alqa pour ce village qui a cru en son Seigneur et veut se tenir sur Son droit chemin, dans la foi comme dans la loi ?

SOURCE

Revue Al-Kawthar, numéro de mars 2005 — article écrit par le Dr Abdul Rahman Al-Sumait en tant que rédacteur en chef de la revue.

Traduit de l’arabe pour ce site ; la dernière partie de l’article est abrégée.

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