DANS SES PROPRES MOTS
L’islam est parvenu dans une région du sud du Tchad par une demande en mariage refusée. Des milliers ont suivi. Puis il n’y eut personne pour les instruire — et Al-Sumait en fait un reproche adressé aux musulmans lointains.
Le sultan de Kélo
Je me souviens de deux épisodes. Le premier eut lieu dans la région de Kélo, au sud du Tchad, lorsque le sultan — ce qui équivaut chez nous à un chef de tribu — demanda en mariage une femme musulmane, et qu’elle le refusa. Il fut stupéfait de ce refus, d’autant plus qu’il était le grand chef de la tribu et un homme riche. Elle lui dit qu’elle était musulmane, et qu’elle ne pouvait l’épouser à moins qu’il ne devînt musulman.
Il interrogea donc quelques personnes sur l’islam. Elles lui en expliquèrent bien peu — tout ce qu’elles-mêmes en savaient — et le sultan devint musulman.
Il entra chez lui, rassembla ses épouses et leur dit qu’il ne pouvait rester avec elles, parce qu’elles étaient mécréantes et qu’il était musulman. Après discussions et débats, questions et réponses, ses épouses devinrent musulmanes. Vint ensuite le tour de ses fils et de ses filles. Il leur demanda de chercher un autre logis, car sa maison était devenue une maison musulmane — et ses enfants devinrent musulmans.
Puis les notables de la tribu — qu’ils appellent les ajāwīd — se réunirent une nuit, venus de plusieurs villages, pour régler quelques litiges. Quand on servit le repas et qu’on attendit que le sultan commence à manger, il refusa, au motif qu’il était musulman et que c’était là nourriture de mécréants. Après discussion, tous les ajāwīd devinrent musulmans. Ils rapportèrent ensuite l’islam dans leurs propres villages, et des milliers d’entre eux entrèrent en islam.
Mais ils ne trouvèrent personne pour leur expliquer les règles de l’islam, personne pour leur enseigner leur religion. Ils restèrent musulmans de nom, ne connaissant que le peu qu’ils avaient recueilli auprès de quelques musulmans simples de la région — si peu qu’ils ignoraient la prière de l’Aïd.
Alors le sultan s’assit sur une chaise, et les gens vinrent le saluer — au lieu de prier l’Aïd.
KÉLO, SUD DU TCHAD
Ce sur quoi nous nous disputons
J’ai comparé ces gens, qui ont le besoin le plus pressant de quelqu’un pour leur enseigner leur religion, à certains musulmans qui passent de longues heures à débattre de points de divergence en jurisprudence — séparant par là un musulman de son frère, et attisant des discordes qui déchirent une communauté. Si seulement ces frères versaient l’énergie qu’ils ont dans le vrai travail d’appel à l’islam, auprès de gens tels que ceux-là, et s’élevaient au-dessus des petits détails, pour que les fondements ne soient pas perdus.
SOURCE & NOTE
Riḥlat Khayr fī Ifrīqiyā (Un voyage de bien en Afrique), du Dr Abdul Rahman Hammoud Al-Sumait. Maṭābiʿ Mirʾāt al-Umma.
«رحلة خير في أفريقيا» — د. عبد الرحمن حمود السميط، مطابع مرآة الأمة.
Traduit de l’arabe pour ce site. Le passage est donné en entier, sans abrègement ; les intertitres sont de nous. Ajāwīd est la transcription d’Al-Sumait lui-même du terme local désignant les notables de la tribu. Le texte arabe nomme le lieu Kelo (Kélo), au sud du Tchad. Al-Sumait dit se souvenir de deux épisodes et celui-ci est le premier ; le second ne fait pas partie de ce passage.
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