Louange à Dieu, nous sommes des musulmans protestants !

DANS SES PROPRES MOTS

Dans un entretien accordé à Al Jazeera en 2006, le Dr Al-Sumait a raconté son voyage vers un village du sud-est de Madagascar qui porte le nom de « La Mecque ». Le récit parle de la route, mais au fond il parle d’une religion dont le nom avait survécu alors que le sens s’était perdu — et de la manière dont il a choisi d’y remédier.


Lors d’une de mes visites, en 1991, j’ai entendu parler d’un village de chez eux appelé La Mecque, et j’ai été pris du désir de me rendre à cette Mecque de Madagascar. Mais le directeur de notre bureau sur place et les prédicateurs m’ont dit : c’est difficile, la route est très mauvaise. J’ai demandé : quelqu’un y est-il déjà allé avant moi ? Ils ont répondu : oui, les habitants du village, bien sûr, y arrivent. Je leur ai dit : alors je suis comme les habitants du village !

Nous avons volé une heure et demie à bord d’un grand Boeing jusqu’à une ville appelée Manakara. Ne trouvant aucune voiture pour nous transporter, nous avons loué un très vieux minibus sans sièges, et nous nous sommes assis à même la tôle. Il n’avait pas de clé de contact : le chauffeur raccordait les fils électriques pour le faire démarrer. Au bout d’une heure, nous sommes arrivés au village de Vohipeno, et de là nous avons traversé une rivière infestée de crocodiles.

Après la rivière, nous avons marché un quart d’heure sur la terre ferme, puis nous sommes arrivés aux marécages. L’eau montait jusqu’à la poitrine, parfois jusqu’aux épaules, et elle était toute souillée de bouse de vache. Pendant quatre heures, nous avons pataugé dans ces marécages, sans aucun autre chemin possible. Avant d’arriver au village de La Mecque, un des frères qui m’accompagnait, originaire de l’île Maurice, m’a dit : n’entre pas en sentant comme ça. Il m’a demandé d’ôter ma tunique ; je l’ai ôtée, et il l’a lavée dans la même eau souillée.

Enfin, nous sommes entrés dans le village et nous avons parlé avec eux. C’était la première fois qu’ils voyaient un homme venu des pays arabes entrer dans le village de La Mecque. Nous leur avons demandé : pourquoi l’avez-vous appelé La Mecque ? Ils ont répondu : d’après le pays d’où nous sommes venus. Nous avons demandé : et où se trouve ce pays ? Ils ont dit : au nord. Mais, bien sûr, ils n’avaient jamais entendu parler des pays arabes, ni de l’Arabie saoudite — bien qu’il existe un deuxième village appelé Hijaz, qu’ils prononcent « Ijaz ».

Quand je leur ai demandé : quelle est votre religion ? ils ont répondu :

Louange à Dieu, nous sommes des musulmans protestants !

Un village appelé La Mecque, un autre appelé Hijaz

Je leur ai dit : comment pouvez-vous être à la fois musulmans et protestants ?

Ils ont répondu : nos ancêtres nous ont dit que nous étions musulmans, mais nous ne savons rien de l’islam. Puis les protestants sont venus et nous ont dit que le protestantisme et l’islam sont une seule et même chose, sans aucune différence entre eux. Ils nous ont appris à prier, nous ont construit cette église et nous ont donné l’Évangile.

Au début, je n’ai pas pu leur dire qu’ils se trompaient, car je considère que c’est une mauvaise méthode. Je pense que notre devoir est d’abord d’entrer dans leurs cœurs et de les gagner, et ensuite seulement de tout leur dire.

Nous avons aussi trouvé à Madagascar une tribu appelée les Antemoro, qui disent : nos origines sont dans un village du nord appelé Djeddah, à côté d’un autre village appelé La Mecque, où vivait un homme bon qu’ils aiment beaucoup, nommé Muhammad. Nous allions dans leurs villages, nous creusions un puits et nous écrivions dessus : « Don de vos frères musulmans », puis nous le laissions et repartions. Quand nous revenions un an plus tard, ils nous accueillaient comme des rois.

Baobabs au coucher du soleil près de Morondava, Madagascar
Les célèbres baobabs au coucher du soleil, près de Morondava, dans l’ouest de Madagascar

SOURCE

Al Jazeera — « Les tribus antemoro et les Arabes de Madagascar » — entretien avec le Dr Abdul Rahman Al-Sumait, 23 février 2006 — tel que cité dans l’ouvrage de référence (p. 200–202), le dernier paragraphe étant tiré de la p. 211.

Ouvrage de référence : « Abdul Rahman Al-Sumait — la légende de l’action humanitaire ».

Traduit de l’arabe pour ce site. Les propos sont rapportés tels qu’ils figurent dans la source, avec des points de suspension là où le texte a été abrégé.

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