08
Chapitre 08 · Sa vie
Il croyait
avoir failli
Il est mort au Koweït le jeudi 15 août 2013, d’une maladie cardiovasculaire, à soixante-cinq ans. Il fut inhumé le lendemain à Sulaibikhat, et parmi la foule venue l’enterrer se trouvaient des hommes arrivés en avion de pays que la plupart des Koweïtiens n’auraient su situer sur une carte. Personne n’eut besoin qu’on lui dise qui il était. Trente-quatre ans plus tôt, il était parti pour l’Afrique en médecin, sans aucune institution derrière lui ; le jour où son corps l’a lâché, l’œuvre qu’il laissait tournait sans lui dans plus de quarante pays.

15 août 2013
jeudi · 8 chawwal 1434
65
ans
16 août 2013
inhumé à Sulaibikhat
34
années de travail derrière lui
Le corps avec lequel il a travaillé
Il était médecin ; la façon la plus simple de le dire est donc celle d’un médecin. Voici ce que retient le dossier — l’essentiel vient du chapitre de la biographie de référence consacré à sa fermeté, le reste des sources arabes sur ses dernières années.
- Paludismedeux fois, contracté sur le terrain
- Trois thrombosesdeux au cœur, une au cerveau
- Diabètecinq injections d’insuline par jour
- Hémorragie rétiniennesoignée au Koweït — rien en Afrique ne permettait de la traiter
- Fracturescuisse, côtes et crâne — missions de secours en Irak
- Tension, cholestérolpendant les vingt dernières années de voyages
- Insuffisance rénaledialyse, à la fin
Il a continué de voyager à travers tout cela. Le mot du livre pour dire comment il l’a affronté est muḥtasiban — patient, et comptant la récompense auprès de Dieu.
C’est la liste qui parle. Il fut malade la plupart des années où il bâtissait, et il ne s’est pas arrêté.
Le Souverain d’Ajman, Cheikh Humaid Al-Nuaimi, lui dit qu’il en avait assez fait et qu’il devait se reposer.
« Par Dieu, j’ai failli à l’Afrique. J’ai failli, Cheikh. J’ai failli. »
Il sortit de la pièce en pleurant · d’après le Dr Khalifa Al-Chaali · biographie de référence, p. 176

Le jour, et le lendemain
- Jeudi 15 août 2013Il meurt au Koweït après une longue maladie. Cause indiquée : maladie cardiovasculaire.
- Le jour mêmeL’Émir Cheikh Sabah Al-Ahmad adresse un télégramme de condoléances à la famille, de même que le Prince héritier et le Premier ministre. Le président de l’Assemblée nationale annonce le décès en séance.
- Vendredi 16 août 2013Inhumation au cimetière de Sulaibikhat, Koweït.
- 17–20 août 2013La presse koweïtienne publie les hommages : Al-Qabas, Al-Anba, Al-Rai, Al-Nahar, Al-Watan.
- 23 septembre 2013Valerie Amos, Secrétaire générale adjointe de l’ONU aux affaires humanitaires, présente ses condoléances.
- Novembre 2013Au troisième Sommet arabo-africain de Koweït, un prix portant son nom est annoncé : un million de dollars par an, en sécurité alimentaire, santé et éducation.
Sulaibikhat · vendredi 16 août 2013


Ce qui fut dit — quatre voix
« Il est des hommes dont la mort soulage la nation. Il en est d’autres que la nation pleure. Le docteur Abdul Rahman Al-Sumait était de ceux-là. »
Jamal Al-Shatti · Comité koweïtien de présentation de l’islam (IPC) · Al-Nahar, 18 août 2013
« L’eau coule pour qui veut boire, le médicament est là pour qui en a besoin, les écoles et les universités sont ouvertes. »
Dr Abdul Rahman Al-Muhailan · président de Direct Aid · Al-Qabas, 17 août 2013
« J’ai dormi près de lui à même le sol, et nous avons nourri les enfants du Kenya, pendant la famine, d’une soupe de survie faite de farine, d’eau et d’huile. »
Walid Ibrahim Al-Ahmad · compagnon de voyage · Al-Rai, 17 août 2013
« Un héritage humanitaire qui continuera de changer profondément la vie des plus pauvres. »
Valerie Amos · Secrétaire générale adjointe des Nations unies aux affaires humanitaires · Al-Rai, 23 septembre 2013

Les hommages ont duré des semaines. Ils sont réunis sur Ce qu’ils ont dit de lui →
قَدْ ماتَ قَوْمٌ وَلَمْ تَمُتْ مَكارِمُهُمْ … وَعاشَ قَوْمٌ وَهُمْ في النَّاسِ أَمْواتُ
« Des hommes sont morts sans que meurent leurs bienfaits ; et des hommes vivent, qui sont morts parmi les vivants. »
Ce qui ne s’est pas arrêté
Il avait passé trente ans à faire en sorte que l’œuvre ne dépende pas de lui. C’était le sens du comité, de l’université, des waqfs, de la formation d’Africains pour diriger leurs propres bureaux. L’épreuve est venue le 15 août 2013, et la réponse est dans les faits : les puits n’ont pas cessé de couler, les écoles ont rouvert en septembre, et l’organisation qu’il avait fondée a continué de travailler dans plus de quarante pays.
Trois mois après son enterrement, un prix portant son nom commençait à verser un million de dollars par an à ceux qui poursuivaient le travail.
Il est mort convaincu d’avoir failli.
Il fut le seul à le croire.
Les dons sont gérés par Direct Aid Society. Ce site ne collecte pas de dons.
← Précédent · Chapitre 07
Suivant →